PLUS BESOIN DE MON VARIO POUR VOIR QUE JE MONTE…

Mlacroix--2483C’est notre troisième jour de vol, il est 10h du matin et déjà des nuages noirs menacent derrière le décollage de Bir. On se prépare donc à une journée de siestes bucoliques. Heureusement, rapidement la menace sombre se désagrège et seulement quelques beaux nuages joufflus sont à surveiller. Tout le monde sort sa voile. Je décolle et part sur la gauche vers la pompe de service. Je ne l’atteins pas puisqu’un thermique croise ma route et me fais prendre 800 mètres. Je suis rejoins par Pierrot et sa Quark 2 de retour d’une transition ratée. Je commence à le mitrailler avec mon appareil quand Debu, qui vient de décoller, nous propose de partir tous les trois vers l’Ouest, vers Dharamsala. Feux ! Les premières transitions se font sans problème, grâce au gaz que l’on avait au-dessus du déco. Quant à moi, j’améliore ma technique de prise de vue en vol en enroulant à droite, en tenant l’appareil photo de la main droite, les commandes de la main gauche et en réglant la focale par un frottement du zoom sur l’avant bras gauche ! Bref, un joyeux bordel ! Heureusement c’est du numérique, parce qu’il y du gâchis !
On se rapproche de Big Face et les nuages commencent à grossir face à nous. Debu à un peu pris d’avance sur nous et il arrive sur la crête située avant Big Face. Pierrot et moi, alors que l’on s’était séparé sur la transition précédente, arrivons presque au même moment juste un peut au-dessus de la crête où se trouve Debu. Celui-ci enroule et se fait dériver vers le Nord dans une belle pompe. Il nous annonce qu’il préfère faire demi-tour car devant ce n’est pas très engageant, et part vent de cul en direction de l’Est. C’est vrai que face à nous les nuages sont d’un gris profond. Complètement d’accord pour faire demi-tour. J’essaye d’attraper la pompe dans laquelle Debu vient de faire un sacré gain. Je n’attrape que des bulles qui me font à peine monter. Pour Pierrot c’est la même danse : tangage et roulis, monté et descente en essayant de trouver la colonne qui nous montera là-haut. Je perds du temps à essayer de grimper. Tant pis, je pars vers l’Est avec le peu de gain que j’ai. Pierrot fait de même. Je me demande en voyant la crête suivante s’approcher, si je vais trouver quelque chose qui me permettra de la passer, ou si je ne ferai pas mieux de tirer vers le Sud avec le risque de me poser, mais au moins je pourrai m’éloigner des nuages qui nous suivent. Je persiste vers l’Est et arrive sous la crête. Pierrot arrive un peu plus haut, mais lui aussi est obligé comme moi de coller au relief et monter dans du +0,5. Il nous faut de longues minutes pour enfin se laisser filer par-dessus avec juste une cinquantaine de mètres de rabe. Pierrot reste au vent de la crête et se dirige vers le Sud, quant à moi, je vise droit devant au-dessus d’une combe où à l’aller j’avais trouvé une pompe sympathique. Effectivement, le thermique est là et me gratifie d’un +4. Je continue pour atteindre le noyau. +6… +8.
Soudain un grand coup dans la colonne et un claquement dans la voile au-dessus de moi.
Juste le temps d’apercevoir +16 sur mon vario !
Celui-ci accélère dans les aigus, pour monter à +20, mais je ne regarde plus les chiffres : je suis littéralement aspiré en arrière dans la colonne du thermique qui rejoint le nuage noir au-dessus de moi. Que faire, sinon engager des 360° comme jamais je n’en ai engagé ? Autour de moi, le décor disparaît sous mes pieds à une vitesse folle. J’engage à droite. Rapidement je suis centrifugé. Je tire sur la commande, je me penche, je tire. Je commence à voir des nuages noirs dans mon horizon. Les barbules m’entourent. Je tire, je tire. Mon vario continue de biper. Je monte encore. Je tire, je tire. Le bord d’attaque de ma voile s’approche du plan horizontal. Un coup d’œil au vario : +4/+6. Je tire, je tire. Je suis plaqué dans ma sellette. Je zérote à peine. « Putain, c’est pas possible ! ». Je fais un tour de frein et j’enfonce encore la commande dure comme du béton. Le bord d’attaque passe parallèle au sol. La vitesse de rotation s’affole et la sellette craque de partout. Le vent hurle dans mon casque. Soudain, la force centrifuge projette ma tête et mon buste en arrière. Impossible de me redresser. Je suis face au ciel et ma voile face au sol. En forçant, j’arrive juste à apercevoir le bord de fuite. Le vario passe en négatif. Je devine le relief qui se rapproche. Je m’enfonce dans les reliefs et risque de percuter les parois. Je relève la main droite pour arrêter le manège. Rien. Je continue de descendre. Je suis tellement plaqué dans la sellette que je ne peux même pas envisager de contrer à gauche. Je freine à gauche. Rien. Je n’arrive toujours pas à redresser la tête. Je freine des deux freins. C’est dur comme du béton. Il ne se passe rien, non plus. Il faut arrêter ça. Je freine, je freine lentement mais je freine. Et soudain, la pression baisse et je peux redresser la tête.
Ma voile remonte dans des angles normaux. La vitesse se calme. Je remonte les commandes sur quelques tours et j’ai droit à une superbe ressource que j’accueille avec un cri de joie. Je contre l’abattée et entends mon vario qui bip à +4 !
Ah non ! J’ai encore un peu de gaz (Quand je pense que deux minutes avant j’étais à 50 mètres de la crête !), je repars dans une série de 360°… calmes, histoire d’être moins influencé par ce que j’ai sur la tête. Ensuite, je fais les oreilles plus l’accélérateur et je me casse dans la vallée où le soleil m’appelle !Je vois Pierrot, au-dessus de moi, qui va dans la même direction. Je rassure Debu et les autres à la radio, sur ce qui vient de se passer. Certain on crus que je m’étais évanouie quand ils ont vues la vitesse à laquelle je tournais. Debu, lui, a cru d’abord que j’avais trouvé un super thermique et que je l’enroulais comme un fou, vu l’angle que j’avais et ma vitesse d’ascension impressionnante. C’était presque ça, sauf que je voulais descendre ! Mais rapidement il a compris la situation, mais que pouvait-il faire ? Il essayait de me conseiller à la radio, seulement je ne risquais pas de l’entendre avec le bruit du vent relatif.
Pierrot de son point de vue et la perspective qu’il avait, était sur que j’allais percuter le sol. Je devine son soulagement quand il me parle à la radio, ensuite. Il s’en est bien tiré aussi, puisque quand je me prenais du +16 et plus, il avait du +8, mais il était juste en avant de la frange. Là où j’aurais du être !
On profite des thermiques dans la vallée pour aller se poser à Bir, bien sagement.L’orage éclate quelques heures plus tard et dure toute l’après-midi. Mais il ne pleuvra pas sur Bir et Billing, dommage.
Le soir on calcule que ma vitesse ascensionnelle était entre 60 et 70 km/h !
Au fait, j’aurai le cou raide pendant quelques jours, ensuite !

La morale de cette mésaventure : « Quand nuages noir paraient, ne tarde pas : disparait ! »

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