INDE – Avril 2004

Nous sommes dans la région de l’Himachal Pradesh. A 600 km au Nord de Delhi, avec à l’Est le Tibet, au Nord le Cachemire et à l’Ouest le Pakistan. On est dans la continuité du Tibet et beaucoup de gens que nous croisons sont de type tibétain. La profusion de temple bouddhiste ainsi que le nombre de moines au crâne rasé nous change de l’ambiance des jours précédents. Bir est une toute petite ville, plus proche du village d’ailleurs, au pied de superbes montagnes que nous comptons bien explorer avec nos ailes cette semaine. L’altitude doit être environ de 1300 mètres, mais au-dessus de nous des sommets enneigés nous rappellent que certain (lointains) culminent à 6000 mètres.

Nous rejoignons Debu, un jeune indien d’une vingtaine d’années qui ne vole pas trop mal, puisqu’il est en PWC ! Je l’avais rencontré en Chartreuse où il envoyait fort sous une vieille Proton. Je peux dire que son talent est à la hauteur de sa modestie. Il nous avait proposés de le rejoindre ici, parce qu’il « s’ennuie » tout seul quand il part en cross. Donc notre mission consistera à essayer de le suivre pendant ses périples… glups ! Déjà, si on se contentait de décoller, hein ? Debu nous annonce rapidement la couleur: Il n’a pas plu depuis deux mois et les conditions sont fortes, très forte. Il vaut mieux décoller tôt parce que les formations orageuses se font rapidement à partir de la fin de matinée. Quand je pense que l’on m’avais promis du +4 large et tranquille ! Mais la météo mondiale est détraquée, il faut faire avec. Le lendemain matin nous partont pour Billing qui est le déco au dessus de Bir. C’est pour moi à ce jour, un des plus beau sites dans lequelle j’ai eu l’occasion de voler.
Pour y acceder il faut emprunter une piste sur 14 kms bien entretenue qui mêne au pied du décollage. Tellement bien entretenue que lors de notre séjour des pelleteuses refaisaient les virages supérieurs en vue d’une compétition en Octobre, ce qui nous oblige à finir notre monté à pieds dans les forêts de rhododendron. Une demi-heure de monté à pied, qui a le double avantage de nous échauffer et de nous permettre d’admirer le flamboiement des arbres en fleurs, des papillons par centaines et les fesses écarlates de quelques singes. Billing est un hameau de 3 maisons accroché à la pente avec un dôme qui sert de décollage. On est à 2400 mêtres et l’orientation est Sud-ouest. Face à nous, vers le Sud, la plaine s’offre à nous avec ces thermiques tranquilles et garantis. A l’Est et à l’Ouest la chaine du Dharladar nous appelle avec ses crêtes et ses vallées encaissées et au Nord des sommets enneigés qui ne demandent qu’à être rejoints.
Il y a deux vols « classiques » à faire, le premier en partant au Nord sur Manali, mais les conditions orageuses ne nous permettront pas d’y aller, ou alors avec le risque de faire un vol stratosphérique contre sa volonté ! Le second vol est un cross de 50 kms vers l’Ouest et la ville de Dharamsala. C’est dans cette ville que le Dalaï-lama c’est réfugié pour fuir l’oppression chinoise et c’est dans cette ville qu’il y a un hopital très « local », mais je vous raconterai ça plus tard…

Le principe des vols est simple: la chaîne est orienté Est-Ouest, mais pratiquement toutes les crêtes et vallées qui forment celle-ci sont orientées Nord-Sud, avec un flux dominant d’Ouest. Bref, il faut soit jouer à saute-moutons, soit se faire satelliser ou alors jouer en plaine. Plus on vol vers le Nord plus les vols se font sauvages et engagés, mais quelle décors ! Il faut s’imaginer des sommets enneigés qui plongent dans des vallées encaissées sur les flanc desquelles, au milieu des cultures de blès en plateau, s’accrochent des hameaux. Plus on descend vers le Sud et en altitude, plus la forêt reprend ses droits et parfois au milieu d’une clairière un temple bouddhiste s’offre à vous.
La difficultée du vol sur Dharamsala est à environ 15 kilomêtres du décollage: Big Face. C’est une face sombre immense qui barre la route et qui genere de sacré bombes. Il est parfois plus prudent de passer par le Sud que de tenter l’attaque frontale, surtout que pendant notre séjour le sommet qui surplombe Big face est souvent perdus dans des nuages pas forcement d’un blanc angélique !
Pendant la semaine nous ferons plusieurs cross de 20 à 100 kms, et même un 150 kms pour l’un d’entre nous (mais c’est un belge, on peut lui pardonner !). De plus, en l’air c’est loin d’être la foule : A part nous et deux locaux, il doit y avoir cinq ou six volant d’horizons divers venu se préparer pour la saison de compétition.
Un autre point qui me fait aimer cet endroit : quel plaisir, que ce soit au retour d’un cross ou en vol local, de reposer au déco et d’aller boire un thé au lait ou manger un « tali » sur la terrasse du « resto d’altitude » de Billing. Je vous rassure, ce n’est pas le restaurant d’altitude avec sa cohorte de skieurs fluo, mais une toute petite maison en pierre avec une table en bois, où un petit vieux au sourire radieux vous prépare un thé au feu de bois, que vous pouvez boire en attendant que l’orage ne menace plus ou pendant que vos camarades enroulent les thermiques en compagnies des aigles.
Justement, comment ne pas parler de nos plus serviables compagnons de vols que sont les aigles ? Il y en a partout et loin d’être farouche, ils n’hésitent pas à partager le thermique avec vous. Ce sont des moments magique que de tourner avec ces détecteurs de pompes qui en un instant vous laisse tomber pour aller là où ça monte mieux. Souvent, j’en ai trouvé un volant pendant quelques minutes juste au dessus de mon bord d’attaque, me regardant de son regard en biais l’air de dire « essaye de me suivre avec ton chiffon ! » et disparaître me laissant seul dans ma transition.

Pendant la semaine que l’on passera là-bas, on volera quasiment tous les jours. En début de semaine les conditions sont fortes, du à la secheresse du sol. Les thermiques sont teigneux et souvent bien supérieur à +5, mais surtout les développements orageux nous obligent souvent à fuir en plaine ou poser au déco. En milieu de semaine les nuages se vident et il se met enfin à pleuvoir. Je profite de cette journée pour me faire raser par le barbier local.

Les jours suivants, la végétation enfin arrosée et lavée, les conditions sont tel que l’on me les avait décrites : thermiques larges et doux, des cums sympathiques sur les sommets et des plafonds à plus de 4000. L’air est pur et le regard porte sur un horizon de sommets enneigés. Bien sur, lorsque l’on s’engage vers le Nord et que l’on rejoint les confluences des brises et des thermiques, le vario nous rappelle par des notes aiguës que l’on est passé au cadran suivant. Mais rien de malsain, un vrai bonheur de se faire satelliser avec comme arrière plan des montagnes immaculées !
Et quel plaisir quand après avoir posé à Bir, à coté de jeunes moines jouant au cricket, d’aller boire une bière dans le village. Après un vol où la combinaison n’est pas un luxe, s’installer au « café » du village et boire la bière locale en t-shirt et sandales, on découvre que le bonheur ne tiens pas à grand chose. Surtout après avoir fini sa première bière, puisqu’une bouteille fait 50cl et frôle les 9°. Les bières suivantes vous découvrez, non seulement que le bonheur ne tiens pas à grand chose, mais qu’il y a des putains de trous dans le bas-côtés sur le chemin du retour !

Vous l’avez compris, j’ai adoré la semaine que j’ai passé là-bas. Mais la deuxième semaine ?
Et bien justement je vais vous en parler dans le cadre de la rubrique : « Je fais des conneries, que ça serve d’exemples ! ».

Voici deux vols extraits des fabuleux vols de cette semaine à Bir : Le premier on pourrait l’appeler « Plus besoin de mon vario pour voir que je monte » et l’autre « Comment avoir une place en classe affaire sur un vol Air France« 

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