MADAGASCAR – Octobre 2007

C’est après un vol sur Corsair toujours trop long et beaucoup trop court pour les jambes, que j’arrive à Tana le lundi matin où je retrouve Vanessa et Arnaud, deux parapentistes Grenoblois. On est rejoins par Vincent qui arrive avec le camion et le chauffeur, et direction la région du lac Itasy à 200 Km à l’Ouest de la capitale.

En traversant la banlieue de Tana je constate que cela n’a pas vraiment changé depuis 6 ans, à part les panneaux pour les réseaux mobiles qui fleurissent de partout au dessus des bidons villes.

On arrive en début d’après-midi à Ampefy. Là aussi ça a changé. A l’époque la piste était en terre et les ponts devaient se passer au pas sous peine de les voir s’écrouler. Maintenant le goudron et le courant sont arrivés et les ponts sont solides. Tant pis pour l’aventure mais tant mieux pour la région qui devient plus ouverte au tourisme. On arrive chez Jacky, un petit hôtel au bord du lac Itasy. De la simple maison aux chambres minuscules, où l’on prenait une douche froide dans un bac sous l’escalier à la lueur d’une bougie, c’est devenus une suite de bungalow avec douche chaude et toilette. La classe ! Et la cuisine est toujours aussi fantastique : les foies gras sous toutes ses formes, les poissons péchés presque sous vos yeux, et les volailles, et les zébus, et les amibes… Bref que du bonheur. On retrouve Patrick, Guy et Shamara. L’équipe est au complet pour la première semaine.

La région du lac Itasy, c’est un peu comme le massif central. C’est plein de vieux volcans et de reliefs arrondis par les siècles. Selon l’orientation on trouve toujours un site où aller. Par contre, un détail assez important : A Madagascar il faut toujours marcher pour aller sur les décos ! Les premiers jours on en bave, mais heureusement au bout de deux semaines le corps s’habitue à l’effort, à la chaleur, à la poussière. Les muscles et le souffle s’améliorent. C’est en règle générale à ce moment là que l’on reprend l’avion du retour !

Le matin on monte sur le décollage au dessus du lac. La monté est dur pour le camion et pour nos jambes mais le décollage est facile. Vols plaisirs pour atterrir dans un champ parmis les rizières et les nuées de gamins rieurs. Les conditions sont thermique mais comme d’habitude dans ce pays tout est inversé : plus on se rapproche du zénith et moins les thermiques sont fort. Du moins la semaine où j’y étais. Bref des vols sympa à jouer dans des thermiques étranges et à passer de pente en pente herbeuses.

Le retour sous la chaleur, au milieu des rizières, se fait dans la perspective d’une bière, un chouette repas et une sieste.

Vers les 15h on repart pour un autre site qui permet de décoller dans pratiquement toutes les orientations. La aussi le vent peut parfois être fort et même traître. Il faut toujours vérifier avec les nombreux feux dans les vallées son sens et sa force. Mais sinon que de beaux vols dans du laminaire légèrement thermique, pendant que le ciel devient rouge. Par contre un léger détail que j’avais oublié le premier jours : quand le soleil se couche, sous les tropiques, il se couche ! Cinq minutes après sa disparition il fait nuit noir ou presque et la brise s’inverse en moins de temps qu’il faut pour trouver une vache (et non pas un zébu) près de la route ! La semaine où j’y étais des restes d’alizés venait perturber l’aérologie. On n’a pas vraiment fait de cross, mais cette région s’y prête bien surtout depuis que la piste est devenu une route goudronnée. Le stop marche bien, mais il est généralement payant (pratiquement rien, je vous rassure).

Nous quittons la région du lac Itasy pour descendre dans le Sud en deux jours. Un arrêt chez deux français installé dans un endroit paumé et magique. Feux de camp sous un ciel d’étoiles qui vous remettent à votre place de poussière pensante.

Après deux jours de route crevantes et de pistes poussiéreuses et défoncées, nous arrivons au abord du parc de l’Andringitra, dans une vallée surplombé par les falaises majestueuses du Tsaranoro. Dépaysement garanti et petite déception pour moi. Le camp Catta, où nous allons passer la semaine et devenus grand maintenant. Quand nous étions venu la première fois, il n’y avait pas grand-chose à part nos tentes et une cabane central tout était à découvrir pour le parapente. Maintenant, les emplacements des tentes sont encore là, mais des bungalows se sont rajoutés ainsi que des cuisines et des dépendances, un groupe électrogène fournis assez d’énergie pour cette petite ville qui reçoit maintenant d’autres genres de groupes aux short de couleurs et à la peaux rouge, les douches ont l’eau chaude et les toilettes ont un toit !

Malgrès ce progrès nécessaire, cette vallée est quand même magique. Pas vraiment facile à décrire, avec ses falaises qui surplombent, sa forêt sacrée et ses lémuriens, ses villages écrasés par le soleil. Et ces gens qui n’arrêtent pas de vous sourire, qui ne vous demande qu’une chose c’est de faire pareil.

Les conditions de vols sont plus musclées dans ce coin là. Il faut dire que cela chauffe vite, le soleil se levant à cinq heure et qu’après midi il est souvent très délicat, voir impossible de se poser. Il vaut mieux décoller tôt, pour ensuite refaire un vol en fin de journée.

Après un départ vers les sept heures, une traversé de la forêt primaire et une montée d’environ une heure et demi, on arrive au décollage du Caméléon. Devant se trouve toute la vallée où il est possible de se vacher quasiment partout. A gauche se trouve le but de tous les parapentistes qui viennent ici, les falaises du Tsaranoro. Verticales sur plus de 800 mètres. Elles sont magiques mais elles se méritent les bougresses ! La première année, je ne suis même pas arrivé à passer au dessus. Nous ferons des vols sympas, même si l’aérologie nous a parfois obligé à redescendre à pied. D’ailleurs voici un vol sympa : C’est le matin sur le déco du Caméléon (gros rochers surplombants ayant le profil de cette charmante bestiole). Le vent vient des deux coté, face et cul. Il faut bien choisir l’emplacement de sa voile et le bon timing ! Yacine décolle, passe au dessus du caméléon et se fait méchamment brasser. Il part vers l’atterro, voir si cela monte plus tranquillement. Arnaud décolle et part devant chercher le thermique en vallée. Votre serviteur décolle et va taquiner le Caméléon. Le thermique est bizarre et vraiment teigneux. Je fais des huit, prêt à m’éloigner en cas fermeture. Je monte pour atteindre la crête et là, je commence à enrouler serré : je suis en pleine confluence de thermique, ça brasse ! J’enroule serré, ça monte fort. Mes stabilos sont à la fête, ils n’arrêtent pas de fermer. Le thermique devient plus large enfin, mais encore teigneux. Le Tsaranoro me tend les bras, mais je décide de rester dans le thermique, je transiterai plus tard. Et je monte, je monte. Je commence à voir la couche d’inversion se pointer. Au dessus de moi pas un nuage. D’ailleurs pas un nuage à l’horizon. Je monte encore, mais plus lentement. Au dessous de moi, les falaises sont maintenant toutes petites ! Je bute sur la couche d’inversion. Je me fais brasser dès que je quitte un thermique pour en chercher un autre plus fort. Je reste au plafond un bon moment à admirer la vue panoramique : au loin les grandes forêts de l’Est et la mer qui se devine. Je suis tous seul en l’air à zéroter. C’est bizarre de penser que je suis sûrement le seul parapentiste dans tous Madagascar à être à cette altitude à ce moment. Et puis je trouve un thermique plus fort. Je crève la couche d’inversion. Et je monte, je monte.

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