ARGENTINE – Janvier 2003

Cet hiver là je devais rester en France pour calmer l’hémorragie de mon porte-monnaie. Mais quand la proposition d’aller voler en Argentine m’a été faite, j’ai compris que je trouverai un pansement plus tard ! On prend les mêmes que Madagascar l’année précédente, on en change un ou deux et on y va !

Voici le récit de 2003:

L’argentine présente des paysages grandioses, a l’échelle d’un pays immense avec des infrastructures comparables à l’Europe.
Nous avons fait le voyage dans le bus aménagé de Juan. Départ de Buenos-Air en direction de l’ouest.

Bell Ville

Avant d’arriver aux premières montagnes, il nous faut traverser la Pampa. On en profite pour s’arrêter à Bell Ville pour y faire du treuil. Patricia, Sergio et Marcello, des parapentistes actifs, nous y accueils. Le treuil là-bas est une culture, étant donné qu’il n’y a pas le moindre relief sur des milliers de kilomètres carrés. Chaque parapentiste du coin à un treuil dévidoir dans son garage !
On commence pas faire des vols à partir de la piste de l’aéroclub, utilisée par seulement un ou deux avions par jours. Les treuils sont des dévidoirs pilotés par le conducteur de la voiture. Celui-ci surveille le vol un peu par les rétroviseurs et surtout par la tension dans la corde. Une seule personne suffit pour envoyer en l’air un parapentiste.
La chaleur est étouffante, près de 40° ! Les thermiques sont au rendez-vous, mais le plafond bas et le vent fort, ne nous permet pas de faire plus de 15 bornes. La récupération est facile, puisque la région est quadrillée de routes et de chemins.
Quand le vent tourne on quitte l’aérodrome pour aller voler à partir de la national ! C’est assez déroutant quand on est habitué au treuil à la mode française. Le principe est simple : on étale sa voile sur le bas-côté de la route, on s’accroche au treuil, on regarde à droite et à gauche qu’il n’y a pas de voiture, on gonfle et c’est partie ! Au bout de 200 mètres le treuillieur vous rappelle qu’il faut faire quand même attention à l’eucalyptus au bord de la route et qu’il serait bien de passer légèrement à gauche pour éviter de s’y accrocher ! Exotique !
Bell Ville est un petit paradis pour les pilotes de plaines puisque tout est à faire : le record local est de 70 Kms et la fréquentation minime. La preuve, nous avons eu droit à 20 minutes de reportage sur la chaîne locale: Des français parapentistes, c’est pas trop courant par là-bas !!

Ensuite, on quitte la Pampa pour aller dans les montagnes..

La Cumbre

Près de Cordoba, à la Cumbre, plus précisément. Là-bas, plusieurs sites on servi pour la coupe du monde. On doit d’abord rejoindre Pablo sur le site de Cuchi-Corral, pour qu’il nous serve de guide dans la région. On nous avait dit que c’était un bon parapentiste qui fait un peu d’accro. En arrivant à Cuchi-Corral une seule voile en l’air s’amuse avec le vent fort. On nous précise que c’est Pablo qui s’entraîne. Je m’aperçois que sa voile est pas mal allongée, et de plus, le numéro sur celle-ci indique que le gars fait de la compète. Un autre niveau, quoi ! Puis, quand il commence à envoyer des waggas et que je vois sur son extrados le sigle  » SAT « , je comprends que Pablo ce n’est pas un amateur dans l’acrobatie ! Et il nous le prouve en envoyant Sat, Tumbling, Mac-twist et plein de truc qui font vomir rien qu’en regardant ! Un extra-terrestre ! Il se pose au sommet, par vent fort, debout sur l’accélérateur et en freinant… rien à voir, avec ce que j’avais appris !
Il nous explique le site, où sont les pièges, les pompes à couillons, les possibilités de cross, etc. Mais pour l’instant le vent est trop fort pour nous mais pas pour lui, qui y retourne !
En fin d’après-midi, le vent se calme et les conditions deviennent douces pour un soaring du soir. La veille, les locaux volaient jusqu’à 22 heures ! Il fait chaud et pour une fois je décolle sans gants. Je suis simplement en short et T-shirt, ce que je ne manquerai pas de regretter plus tard ! Je décolle. Les conditions sont douces, les thermiques larges et tranquilles et une restitution semble s’installer. Une dizaine de voiles me rejoignent et tournent devant le décollage. Une école locale envoie deux élèves. A la radio, personne ne parle… j’admire le paysage… tranquille ! Je décide de m’éloigner pour être plus tranquille et comme ça monte un peu partout autant en profiter pour visiter. Je tourne la tête vers le déco et je m’aperçois que la biroute a tourné de 90° et quelle pointe vers un nuage noir, bas, pluvieux, à quelques kilomètres au Sud. Je regarde aux alentours, pas grand-chose d’inquiétant. Du ciel bleu avec quelques nuages de chaleur. Je décide de partir vers le Nord, comme ça, si le nuage se met à pomper là-bas je serai au vent de l’atterro.
Je remonte le Rio, admirant le paysage magnifique et respirant les parfums qui montent. Je m’enfonce dans une combe. Je fais un tour dedans pour prendre un peu de gaz. Je me retourne vers mon point de départ et je vois… toutes les autres voiles en train de faire les oreilles ! Un nuage noir, en pleine formation, se trouve au dessus de leurs têtes ! Ils sont tous en train de se faire aspirer ! Je décide de faire les oreilles avant que cela n’arrive sur moi, même si je dois me poser dans le Rio. Bien sur, je comprends que sans gantça ne va pas être agréable, mais bon, en face de moi je commence à voir des voiles faire des vracs, des fermetures. Au sol, Nicolas R. arrive à atterrir… et se fait traîner sur 50 mètres.
Je n’arrive pas à attraper l’accélérateur. J’attrape les suspentes extérieures, je les tire vers moi et… je monte ! Mon vario s’affole. Le nuage est sur moi. Le vent aussi. Je monte à +5. Je tire encore plus de suspente, attrape la deuxième suspente à droite, et tire dessus. J’ai plus grand-chose sur la tête et pourtant je suis ballotté dans tous les sens et je monte. Je me penche pour envoyer les 360 avec les grandes oreilles. Je fais plusieurs tours, ma voile accélère. Je serre les fesses et je pense à la bière qui m’attend ! Les suspentes me rentrent dans la peau. Au bout d’une dizaine de tours, j’arrive à peine à zéroter. Je ne tiens plus et je lâche tout. Mon vario reprend son chant aigu et ma voile fait fermeture sur fermeture. Je contre, re-contre. Au dessus de ma tête c’est vraiment noir. Je pense faire les B, pour pouvoir enfin descendre, mais je suis dans un mixeur et si on ne les faits pas symétriquement c’est le sketch assuré ! Tant pis, je tente quand même. Je n’ai même pas le temps d’attraper les élévateurs quand ma voile fait une méga fermeture. Elle se ré-ouvre et…le vario se calme ! Je sens soudain un air glacial sur mes épaules…je tombe ! Mon vario descend dans les graves : -8, -10. Je suis dans une belle dégueulante ! Je suis content au début mais cela descend un peu trop à mon goût et ce genre de dégueulante peut aller jusqu’au sol. A une telle vitesse, il vaut mieux éviter, surtout que sous moi ce n’est pas très accueillant ! J’essaye de sortir mais j’ai vraiment l’impression de buter contre un mur. Je fait un 360 et sort par derrière. J’ai droit un beau vrac et je me retrouve avec la commande droite en dragonne, sous l’aisselle ! Je n’ai pas le temps de m’occuper de ça : je suis trop proche du sol et je me fais reculer. Le vent au sol est fort et des rafales doivent être 60 Km/h ! Je suis au dessus d’une forêt d’épineux. Je repère un champ 500 mètres derrière moi qui doit bien faire 200 mètres de long. Je le rate ! Ou plutôt, je le survole en marche arrière. J’arrive à éviter les fermetures, surtout que j’ai tendance à trop freiner du cotés droit avec mon bras coincé ! J’aperçois Audrey qui s’écrase dans les arbres, dessous moi.
Je fini dans des buissons épineux.
Je me détache rapidement, détache les élévateurs pour éviter l’effet spi et tente de mettre ma voile en boule. Celle-ci est complètement prise dans les buissons. Je pars à la recherche d’Audrey. Au dessus de moi des voiles se battent encore pour descendre. Je me perds dans les méandres des buissons. Je l’appel… aucune réponse. Je retourne vers ma voile et me repère grâce au vario qui hurle tous seul ! Je comprend pourquoi personne ne me parlait : ma radio est éteinte ! Quand je l’allume, c’est un flot de message en espagnole, français. Entre ceux qui sont au déco, ceux qui sont en l’air et ceux qui se sont vaché, le canal explose ! Audrey n’a rien, juste sonné.
Le nuage disparaîtra comme il est venu.
Les gens du coin, volant et non volant, n’ont jamais vue ça avant. Un nuage actif qui se forme si rapidement (en 5 minutes) c’est vraiment rare. Il n’y aura aucun blessé à part les égratignures du aux atterros dans les épines et les cailloux !
Moralité : je ne volerai plus sans gant !
Les deux jours suivants un front orageux violent (et magnifique !) traversera la région. On ne volera pas. On en profite pour aller voir Andy Hediger, qui nous indique les bons plans de la région.

Les rivières débordent à causes des orages et nous restons bloqué dans un vallon avec un amortisseur du bus cassé. Chouette !

Au bout de trois jours de météo orageuse, on décide de quitter le coin, pour descendre dans le Sud

Mina Clavero – El Obrador

On arrive à Mina Clavero, un site tenu par Mickey, un parapentiste sympa qui tiens un gîte et qui connaît le coin comme sa poche. C’est un site de 300 mètres en bordure de plateau avec un super rendement thermique, qui permet de raccrocher une chaîne de montagne de plus de 200 kilomètres ! Mais, même en restant en local on peut s’amuser. Les condors nous observent et nous font la nique. La chaleur fournie sa dose de thermique. J’enroulais, parfois, à moins de 20 mètres du sol. Dans ce cas, il suffit de choisir la couleur de son rocher et pour descendre on choisis la rivière !
La navette vaut le coup : une vieille jeep dans laquelle on entasse une dizaine de parapentiste et qui parcoure le plateau, passant par des chemins les plus improbables.
On reste quelques jours, dormant à la belle étoile, mangeant les grillades de Juan, buvant la bière locale, se lavant dans la rivière, faisant la sieste entre les vols… le paradis !

Merlo – Mirador de los Condores

On continue notre périple pour descendre encore plus au Sud, à Merlo. C’est une chaîne de montagne de 200 Kms de long, sur 1000 mètres de haut, face à l’Ouest et d’une vallée sans fin.
On bivouac au bout d’une piste sur la crête où Oreja, le moniteur de l’école locale, fait construire un bar d’altitude à 10 mètres du déco ! En dehors de cette construction, c’est sauvage avec une vue fantastique. La météo en pleine été austral est capricieuse et changeante. Le vent peut tourner en quelques minutes. Mais quand ça vole, le potentiel est énorme : 1100 mètres de dénivelé, des crêtes et des vallons sur des centaines de kilomètres au Sud et au Nord. Des reposes au sommet sur toute la longueur. Si c’est trop fort dans les reliefs on peut s’éloigner dans la plaine, qui surchauffée, fabrique des thermiques que l’on peut attraper à 50 m/sol. On peut jouer à l’ascenseur ! Quand on part en cross, le retour est facilité par le fait que la route longe la montagne. Toutes les heures un bus passe et pour quelques Pesos vous ramènes à Merlo. Ne pas oublier sa casquette et de l’eau, parce que l’attente est chaude !
En journée, les vols sont turbulents, mais le soir, les thermiques se calment et ça devient magique de faire du soaring face au soleil couchant avec comme final, si vous voulez, un plouf de 1000 mètres.
La lune est presque pleine, on décide de faire un vol de nuit. Inoubliable. La chaleur monte de la vallée. Décollage avec un léger vent de face. Rapidement on a du gaz et il suffit de se laisser charmer par la douceur du vol, la lumière de la lune, les étoiles derrières la voile. Les vols sont longs, et pourtant trop court. Champagne à l’atterro !

On quitte Merlo avec regret, en rêvant d’acheter un terrain dans le coin. Les hectares sont quasiment donnés et ça vole tous le temps ! Pourquoi retourner à Paris ?

Retour à Buenos-Aires. Retour à Paris. Le froid, l’hiver…. Plein d’images dans la tête.


 

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